Que d’empoignades sur les plateaux de télévision hier ! Bien sûr, les vainqueurs du RN débordaient d’une jubilation difficile à supporter pour leurs opposants. Mais si certains perdants, comme les En Marche, s’efforçaient de relativiser leur victoire, d’autres, comme les LR ou les LFI, avaient du bien du mal à digérer leur relégation en queue de peloton, derrière des écologistes qui, contre toutes les prévisions, deviennent la troisième force politique du pays. Le dégagisme a encore frappé. Mais pas au bénéfice de celui qui, depuis 2017, croyait en être le champion.

Bien sûr, Emmanuel Macron peut se rassurer en se disant que son implication a sauvé la liste Renaissance. Bien sûr, Angela Merkel est trop affaiblie pour imposer son candidat à la présidence de la Commission. Bien sûr, les macronistes seront en position de force dans un groupe centriste incontournable. Ils disposeront de bonnes cartes dans le jeu des coalitions propre au Parlement européen. Mais en France, Emmanuel Macron a du souci à se faire. Car le message envoyé par les électeurs traduit une volonté de changement des pratiques politiques qu’il n’a pas su faire sienne. Il l’a incarné, pourtant, pendant la campagne présidentielle. D’ailleurs, c’est cette aspiration à une méthode différente, qui a emporté l’adhésion des électeurs face à Marine Le Pen. Or, Emmanuel Macron a donné le sentiment de l’avoir oublié.

Plutôt que de renouveler la pratique du pouvoir, le champion d’En Marche s’est évertué à assécher ses opposants dits « classiques ». Après avoir fait exploser la gauche par son élection, il s’est efforcé de tuer la droite à petit feu. De ce point de vue, c’est plutôt réussi. Les Républicains ne sont pas parvenus à sortir du créneau, étroit, incarné par Laurent Wauquiez.

Mais la machine macroniste connait quelques ratés. La crise des Gilets Jaunes a démontré combien il était urgent de changer de méthode dans l’exercice du pouvoir. La carte du vote RN distingue bien la France urbaine de la France périphérique. Le résultat des Européennes démontre qu’il ne suffit pas d’asphyxier ses opposants pour sortir vainqueur. Les appels à faire rempart au RN en votant pour une liste patchwork (avec des écologistes) n’ont pas stoppé la dynamique du rassemblement National qui sort en tête. C’est embêtant, pour un président qui avait fait de cet ordre d’arrivée une affaire personnelle. Plus problématique, les électeurs de gauche, pourtant sensibles au vote anti-Le Pen, se sont affranchis de cette injonction pour choisir librement entre les différentes listes proposées. Elles étaient nombreuses ! Pour un total de plus de 30 % des suffrages. Bien que cette addition n’ait aucun sens politique aujourd’hui. Si le rassemblement de la gauche n’a pas eu lieu, c’est parce qu’il est aujourd’hui impossible. D’une part, les divergences sont trop fortes, et, d’autre part, personne ne pouvait prétendre être l’artisan prééminent de ce rassemblement. Or, si les électeurs ont refusé de suivre la logique majoritaire d’En Marche face au RN, c’est qu’ils s’interrogent sur une autre logique politique, celle de la coalition. N’allons pas trop vite en besogne. La France n’a pas tout d’un coup été frappée par la grâce du compromis. Mais ce 30 % traduit une approche renouvelée où l’électeur hiérarchise ses priorités, et où les partis se comptent avant d’envisager des convergences, sous l’oeil vigilant des citoyens. Jérôme Jadot l’a compris, qui annonce la mise en place d’un comité citoyen. Ceux qui persistent à en appeler au rassemblement des appareils reproduisent de vieux schémas sanctionnés dans les urnes.

Emmanuel Macron ne peut pas se consoler d’une deuxième place en se disant que ses rivaux les plus proches sont à terre, que l’écart avec le RN aurait pu être pire et qu’il va se rattraper à Bruxelles. Comme en 2017, les électeurs français martèlent le même message: ils veulent une pratique politique renouvelée. L’aspiration au dégagisme n’a pas disparu. Loin de là. Elle était impromptue en 2017, elle s’enracine en 2019.

Un commentaire sur « Européenes, l’acte II du dégagisme »

  1. Passer du dégagisme au constructivisme. On cherche des leaders, et ne trouve que des LE Pen, Salvini, Farage. Ou sont les aspirations collectives et les leaders qui les incarnent?

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