nuage-de-mots (1)Les journalistes de Radio France seraient des « abrutis » qu’il conviendrait de « pourrir ». Une enseignante, une femme menacée d’un revolver braqué par un lycéen qui refuse d’être marqué « absent ». Un procureur, un homme physiquement bousculé par un député. Lequel député provoque le policier qui s’interpose en le tutoyant : « Vas-y, essaie de me pousser pour voir ! » Quelques instants plus tôt, il collait son visage à une poignée de centimètres de celui d’un autre policier en lui assénant sa certitude : « La République, c’est moi ! »

Non, la République n’est pas cela. La République ne repose pas sur ce rapport d’autorité qui donnerait raison au plus violent, qu’il s’agisse d’agressivité physique ou verbale.

Pourquoi mêler le geste de ce lycéen de quinze ans aux postures de Jean-Luc Mélenchon embarrassé par l’enquête concernant le financement de sa campagne ? Parce que l’éducation des citoyens passe par l’autorité de leurs parents, des enseignants, et par ce que ces adolescents entendent et voient de la vie en société sur leur smartphone. Or, que voient-ils ? Un débat politique agressif, empli de superlatifs brutaux ; un supposé policier frappant un manifestant protégé par la plus haute institution ;  un responsable syndicaliste s’adonnant au fichage des ses collègues ; ou des partis politiques jonglant avec la loi pour assurer leur financement. Le pire étant sans doute l’incohérence des postures selon qu’il s’agit de défendre sa personne ou attaquer un adversaire. La justice est formidable quand elle s’en prend à François Fillon, mais pitoyable quand elle s’intéresse au parti de Jean-Luc Mélenchon. La liberté de la presse doit être sans limites quand il s’agit du Média lancé par une proche du même Mélenchon, mais elle devient le fait « d’abrutis » quand des journalistes indépendants enquêtent sur les liens éventuels entre facturations et proximité personnelle.

Même s’il est le seul à s’y adonner à ce point, Jean-Luc Mélenchon n’est pas le seul à tomber dans ce travers. Cette incohérence révèle une conception dévoyée de l’action publique selon laquelle le rôle du responsable politique serait de traduire et répercuter l’état d’esprit de ses électeurs, quel qu’il soit, sans chercher à en comprendre l’origine et encore moins à le contrebalancer. Mes électeurs sont en colère ? Je suis en colère. Mes électeurs sont violents ? Je justifie leur exaspération. Mes électeurs rejettent les flics ? Je provoque et tutoie les policiers. Je défends mon camp et uniquement mon camp. À chacun sa logique en fonction de sa famille, sa tribu, ou sa communauté. Tel est le modèle présenté aux jeunes citoyens. Chaque fraction partisane défend sa logique, autrement dit sa clientèle, en oubliant que son rôle est de participer à la vie d’une société commune, sans distinction d’origine, de race, de religion, et qui s’appelle la République.

Organiser la vie commune en vue de l’épanouissement de chacun, c’est bien cela l’ambition de l’engagement public. Et non la promotion d’un groupe particulier en vue de son accession au pouvoir, en espérant, voire en provoquant, l’échec de ceux qui le détiennent. Le but de l’engagement politique n’est pas d’entretenir le climat favorable à une communauté autocentrée sur sa propre existence, installée dans la contestation. Ces deux approches n’ont rien de républicain. Elles ignorent l’intérêt général. Telles des sangsues, si elles s’accrochent et se revendiquent de la République c’est pour mieux la dévitaliser.

La violence existe, tout comme la colère, la frustration, l’incompréhension ou l’impatience chez beaucoup de citoyens. Ce sont des maux qu’il est impératif de soigner. Mais que dirait-on d’un médecin qui abandonne un malade aussitôt après avoir posé son diagnostic, et qui parcourt la ville en s’indignant de la douleur insupportable de ses patients tout en refusant de délivrer la moindre ordonnance ?

Le responsable politique est un médecin de la société. Il n’ausculte pas que la partie inflammée ou douloureuse pour diagnostiquer le mal, car ses remèdes concernent l’ensemble du corps social. La presse, sauf à revendiquer le contraire, s’adresse et s’inspire de ce collectif. Elle s’inscrit dans ce cadre démocratique. Face aux passions les plus rageuses, face aux propos les plus brutaux, face aux enthousiasmes les plus irréfléchis, face aux découragements les plus profonds, elle doit se faire violence, et rendre compte sereinement. Contrepouvoir, garde-fou contre les abus de pouvoir, elle rend compte de ce qui construit ou déconstruit la République. Ni plus, ni moins.

2 commentaires sur « Violences et République, l’incompatibilité »

  1. Bonne lucidité
    JLM est une éponge societale qui rend son jus quand on la presse. Après elle essuie mieux !
    Vas-y JLM cogne cri pique comme un papillon ou une abeille, mais qu’il ne pleure pas comme une mauviète sur un ring devenu trop grand pour pour lui !

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  2. Programmée ou non (si oui,c’est l’arroseur arrosé),cette pseudo « colère »,cette soit-disant « indignation » fait fi d’ une notion essentielle de la fonction d’élu,-et plus généralement de représentant de la nation ou de l’Etat-,celle d' »EXEMPLARITE »…,je parle de la conduite,du comportement à l’instant T, indépendamment de la cause et de la méthode de la perquisition, qui peuvent être discutées le cas échéant. Il en est de même à l’assemblée, où le spectacle est affligeant (même s’il n’est pas nouveau; ça prouve seulement qu’on apprend pas,dans ces sphères, à respecter au moins,à défaut des « collègues » ceux et celles qui vous ont mandatés. La violence verbale, comme la violence physique,est une économie sur la raison,et une insulte à l’intelligence.

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