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Pour une fois, Emmanuel Macron va faire quelque chose qu’il déteste : agir sous la contrainte. Hulot, Benalla, Collomb, ces trois accidents de parcours l’obligent à procéder à un remaniement qu’il n’envisageait pas de mener si tôt. Mais cette résignation pourrait lui être profitable.

Emmanuel Macron aborde l’an III de son mandant. L’an I était celui du mouvement créé par le candidat. Le fondateur d’En Marche ! a suscité une énergie autour de sa personne. Elle l’a porté à l’Élysée. L’an II était celui de l’installation au pouvoir. Emmanuel Macron a choisi de s’entourer des mêmes fidèles en ayant surtout en tête d’éviter les pièges dans lesquels étaient tombés ses prédécesseurs. L’an II a été celui d’une posture : l’anti-Hollande et l’anti-vieux-monde. Au lieu d’une présidence banale, Emmanuel Macron a voulu incarner une présidence jupitérienne, qui dirige, décide, tranche avec autorité et renouvelle tous les usages.

Mouvement et posture ne définissent pas une idéologie

Mais comme souvent, quand une méthode s’invente a contrario des autres, il lui manque une cohérence qui lui soit propre. Emmanuel Macron assure exercer le pouvoir différemment, certes, mais il n’a pas expliqué comment il comptait l’exercer. Le départ de Nicolas Hulot, l’affaire Benalla, puis la démission de Gérard Collomb ont rempli cette lacune à sa place. Face aux deux premiers incidents, l’Élysée a trouvé des parades. Nicolas Hulot aurait été dominé par son affect. L’affaire Benalla relèverait d’une dérive personnelle.

Emmanuel Macron aurait pu en rester là. Il aurait serré les dents, tenu la barre et gardé le cap, en attendant que la tempête passe.

Gérard Collomb, le révélateur

Sauf que Gérard Collomb l’interdit. Sa démission établit une cohérence entre ces événements pour décrire une mauvaise méthode au sommet de l’État. Nicolas Hulot regrettait la politique « des petits pas », Gérard Collomb réclame une « vision d’ensemble » pour sortir d’une logique « commune par commune » qui fracture le pays. L’affaire Benalla serait celle d’un seul homme, mais tout, dans l’attitude du ministre de l’Intérieur interrogé par les parlementaires, désignait un dysfonctionnement au Palais de l’Élysée.

Gérard Collomb, qui se flatte de dire ses vérités au président de la République s’y entend pour retourner le couteau dans la plaie. Benoîtement, il constate le « grand moment de solitude » vécu par Édouard Philippe à l’annonce de sa démission lors des Questions au gouvernement. Mais qui d’autre que Gérard Collomb aurait dû l’en avertir ? Le président de la République ? Autant mettre franchement en cause la méthode Macron, après avoir réclamé de « l’écoute » et regretté un manque « d’humilité ».  

Définir le macronisme

Après le mouvement et la posture, l’an III de l’ère Macron sera donc celui de la méthode. Car il n’est pas question de changer de cap. Bien sûr, les oppositions contestent les orientations du gouvernement. C’est leur rôle. Et ces contestations apparaissent dans l’ordre des choses politiques, puisque le but d’Emmanuel Macron a été d’entraîner dans son mouvement tous les partis de gouvernement. Le passage du mouvement à la pratique génère forcément des insatisfactions, des impatiences et des déceptions. Ce qui l’est moins, ce sont les grimaces qui apparaissent dans la majorité parlementaire. Ce sont les confidences en « off » de ministres ou de parlementaires un peu las. C’est le score de Marc Fesneau, candidat au perchoir pour un Modem oublié dans la procédure, dépassant largement le nombre des seuls députés centristes. C’est le départ de la députée LREM Frédérique Dumas passant à l’UDI, mais pas dans l’opposition, pour marquer ses regrets quant à la méthode elle aussi.

Le prochain remaniement doit donc marquer un changement de méthode. Les reproches à entendre sont simples. Le président exerce un pouvoir trop personnel, trop centré sur ses conseillers élyséens, pas assez collégial vis-à-vis du gouvernement et de sa majorité, insuffisamment à l’écoute des Français.

Mais il ne suffira pas d’une photo d’Emmanuel Macron avec Édouard Philippe, stylo en main, tous les deux penchés  sur une liste de noms. Il ne suffira pas de la vidéo d’une rencontre avec des jeunes ou des retraités bavards que le président écoute en silence, voire en prenant des notes, pour afficher une nouvelle approche. Une nouvelle méthode doit être démontrée dans les faits et clairement expliquée. Le remaniement n’est pas un but en soi. Il est le moyen et la preuve d’une cohérence d’ensemble et par conséquent du sens de ce quinquennat. En un mot, il doit permettre à Emmanuel Macron de définir ce qu’est le macronisme, au-delà d’une posture a contrario de celles de ces prédécesseurs.

 

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