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Quelle drôle de démission ! Comme Nicolas Hulot avant lui, pour couper le cordon, Gérard Collomb a dû prendre la presse à témoin de son départ. Il a fallu qu’il médiatise sa volonté de partir pour l’obtenir. Emmanuel Macron le découvre à ses dépens, il ne faut pas confondre l’influence d’un président-soleil et la toute-puissance divine.

Nicolas Hulot avait fait cet aveu troublant, il avait volontairement omis de prévenir le président de la République et le Premier ministre de sa décision. Sa justification était assez troublante. Elle prend son sens aujourd’hui. Si Nicolas Hulot n’avait prévenu ni Emmanuel Macron ni Édouard Philippe, c’est qu’il voulait se préserver de leur force d’attraction. Il leur a caché sa résolution à quitter le gouvernement parce que » peut-être l’en auraient-ils une nouvelle fois dissuadé ». Le ministre de l’Écologie avait donc préféré les mettre devant le fait accompli en annonçant publiquement son départ à France Inter. Il était alors impossible de le rattraper par les cheveux.

Gérard Collomb s’est finalement résolu au même procédé. Lundi soir, il donne sa démission au président de la République. Emmanuel Macron la refuse. Totalement imprégné de l’évolution de la Vè qui fait de lui l’astre central du pouvoir politique, le président-soleil croit disposer de suffisamment de pouvoir pour maintenir au gouvernement un ministre décidé à le quitter. Erreur ! Gérard Collomb commet l’irréversible. Il poursuit le feuilleton entamé avec l’Express puis le Figaro en confirmant publiquement sa démission. Cette fois-ci, il se contente d’un coup de téléphone pour prévenir Emmanuel Macron.

Solaire et solitaire

À l’Assemblée, livré au grand direct télévisé des Questions au Gouvernement, Édouard Philippe l’ignore. Tout comme le député LR Éric Ciotti qui, en ouverture de séance, interroge le Premier ministre sur la situation de Gérard Collomb, ministre de « l’Intérieur qui est déjà à l’extérieur du gouvernement ». Comme il se doit, Édouard Philippe défend son équipe et accuse le député d’opposition de faire de la « petite polémique ». Il flotte alors dans l’hémicycle l’étrange parfum des situations politiques flottantes qui exigent de se serrer les coudes. Les députés de la majorité se lèvent d’un bloc pour applaudir cette formule qui n’a pourtant rien d’extraordinaire. Mais ils l’ont senti, la situation est extraordinaire. Confirmation quand un autre député LR, Pierre Cordier, déclare à Édouard Philippe le départ de son propre gouvernement du ministre qu’il vient de défendre.

Le système est ainsi organisé que même le Premier ministre n’était pas dans le secret des Dieux. Quand Emmanuel Macron est saisi par Gérard Collomb de sa volonté de partir, il croit pouvoir régler le problème tout seul. Sa force de persuasion, le lien personnel qu’il a tissé avec le maire de Lyon, sa position de président de la République justifient une approche solaire de l’enjeu. Comme s’il lui suffisait de dire : « tu ne peux pas, parce que je ne le veux pas ». Emmanuel Macron « lui a rappelé sa confiance » pouvait encore croire et affirmer Édouard Philippe, comme si cette confiance signifiait la fin de l’histoire. Mais la confiance du président n’est pas un onguent magique ou divin. Il ne suffit pas à apaiser les tourments d’un politique d’expérience tel que Gérard Collomb, celui-là même qui avait évoqué un manque d’humilité au sommet. Il a compris qu’il avait tout à perdre à rester ne serait ce que quelques heures de plus place Beauvau. Le soleil présidentiel a perdu de sa capacité d’attraction. La passation de pouvoir entre Gérard Collomb et Édouard Philippe a lieu avant même que le communiqué de l’Élysée officialise la démission du ministre.

La Constitution n’a pas changé. Emmanuel Macron est toujours au sommet d’un système solaire dont il est l’astre principal. Mais un président-soleil n’est pas le Roi Soleil.

3 commentaires sur « Départ de G. Collomb, le président soleil n’est pas le Roi Soleil »

  1. J’ai vu son départ théâtralisé… l’attente sur le perron, puis un discours surréaliste devant un premier ministre obligé de se taire et d’écouter, où il mélange un bilan malgré tout bien pauvre, avec des anecdotes du genre de la construction d’un outil de suivi comptable et d’une montre cassée… Comment peut-on se présenter à Lyon avec une image pareil ? Et comment un président lâché comme ça, peut rebondir et se prétendre le centre de quelque chose ?

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  2. Son départ est le signe, que les « rats » (les plus intelligents) quittent déjà le navire. Il y a avec l’affaire Benalla des dessous que ne sont compris que par les initiés aux « secrets de l’Etat » et un ministre de l’intérieur en est de cela. Son départ précipité est une exception dans la Vème République et l’annonce de séismes politiques à venir. Lyon n’est qu’un prétexte et un refuge.

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  3. « les Français n’ont pas de mémoire… » relisez-ou consultez- un peu l’histoire,même récente,avant d’en tirer ces vertes conclusions sur l’effondrement annoncé d’un système présidentiel qui n’est que le résultat logique (et inconsciemment désiré) des atermoiements d’un électorat qui ne fait, depuis Giscard, que démolir celui qu’il vient d’élire-par défaut-,en contestant aussitôt sa légitimité; à ce rythme, nous finirons fatalement par avoir celui -ou celle- qui mérite notre démocratie sénile: « les grenouilles attentes toujours leur roi ! »
    didier

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