thumb_IMG_0922_1024Peut-on trouver meilleur titre pour expliquer l’avenir de la télévision face au numérique ? Autant dire que par cet essai, « la Chaîne et le réseau » publié aux éditions de l’Observatoire, Simone Harari Baulieu ne cherche ni à dramatiser l’avenir de l’audiovisuel – public, notamment – ni à se voiler la face. S’il refuse de plier, le chêne rompra.

La productrice de Magui n’appartient pas au monde des grincheux qui regrettent l’âge d’or de la télévision, quand aucun autre média ne menaçait la suprématie d’une offre limitée à quelques chaînes hertziennes. Elle ne fait pas non plus partie des optimistes béats se prosternant devant une modernité qu’il convient d’encenser sans la comprendre. Avec curiosité, Simone Harari Baulieu dresse le constat de l’évolution actuelle, recense les potentiels et les pièges de cette révolution numérique, défend le rôle de chacun, dessine l’avenir du service public et propose des solutions qui feront sans doute grincer quelques dents.

pas de panique!

Face à la révolution numérique, Simone Harari Baulieu ne panique pas. Souvenez-vous de la l’affolement général face au piratage de la production musicale. Le public n’avait pas basculé dans l’illégalité du téléchargement par idéologie ou rébellion, mais par facilité. Il était simplement plus simple de télécharger un disque illégalement que de l’acheter dans un magasin. Depuis, Deezer et autre Apple Music ont rendu ces débats alarmistes à leur juste proportion, la nécessaire prise en compte industrielle et législative d’une évolution technologie en adéquation avec le désir du public.

La diffusion numérique bouleverse l’organisation audiovisuelle, mais elle ne signe pas la mort de la télévision, juste la nécessité de s’y adapter intelligemment, en posant les cadres nécessaires à cette nouvelle liberté créatrice.

Le premier attrait de ce livre réside dans sa présentation très simple de ces enjeux complexes. La seconde est de rappeler quelques points positifs souvent oubliés par ceux qui débinent avec un effroi mêlé de gourmandise morbide la production audiovisuelle française. En réalité, l’exportation des programmes audiovisuels français a quasiment doublé entre 2009 et 2016. Dans le Top 100 des meilleures audiences télé, la moitié sont des séries, dont la plupart, 42, sont des productions françaises. Quatre, seulement, viennent des États-Unis. Simone Harari Baulieu n’est pas manichéenne pour autant, il n’y a pas d’un côté les pauvres gentils français ou européens, et les méchants ogres américains. Chacun doit faire son business, même si elle se garde bien d’employer un terme aussi péjoratif dans le domaine de la création artistique. Netflix est un concurrent on ne peut plus sérieux à ses yeux, mais elle rappelle l’ordre des priorités : ce n’est pas le produit de ses abonnés qui permet à Netflix de produire ses fictions, mais sa capacité à produire des fictions qui attirent des abonnés.

un service public prescripteur

Après avoir posé le cadre général, dix ans après l’annonce de la suppression de la publicité sur la télé publique par Nicolas Sarkozy, la productrice qui avait fait partie de la Commission Copé sur ce dossier se penche sur l’avenir de France Télévision. Sans barguigner, elle justifie deux approches différentes entre le public et le privé. Au privé d’assumer une politique de la demande, au public « guide rassurant et respecté » d’assumer une politique de l’offre. Ce distinguo ne relève pas d’une pirouette. Selon Simone Harari Baulieu, il constitue une approche précise de la mission du service public, considéré comme devant stimuler la curiosité du public et non devancer ses habitudes, fort d’un rôle prescripteur, avec les prises de risques inhérents à cette approche. « La raison d’être de la télévision publique est moins de proposer au téléspectateur ce qu’il attend, que de lui proposer quelque chose qui pourrait lui plaire, mais qu’il ne connait pas encore », écrit-elle. C’est dans ce sens que l’audiovisuel public « devient un élément essentiel du débat démocratique ».

des propositions claires et précises

Jusque-là, le propos peut sembler consensuel. Mais en dirigeante d’entreprise aguerrie, Simone Harari Baulieu va plus loin et pose quelques principes indispensables à la réforme de l’audiovisuel public. Selon les cas, ils seront ressentis comme réalistes ou provocateurs. La productrice défend non seulement le maintien de la redevance, mais aussi son élargissement à toute personne ayant une résidence en France et son augmentation. Il suffit sur ce dernier point de la comparer à celle de nos voisins. Une redevance mensualisée, qui assurerait le financement direct et pérenne d’un audiovisuel public indépendant, sans passer par le portefeuille et les corrections de la calculette gouvernementale. Autre recommandation, la poursuite de la réduction du budget de fonctionnement de l’audiovisuel public, en assurant le suivi comparé du coût des programmes et du coût de la structure. C’est écrit et argumenté. Ce langage peut en choquer quelques-uns, mais la lecture du livre de Simone harari Baulieu ne doit pas se résumer à cela.

Ce livre révèle une femme qui défend la télévision en général, et le service public en particulier, qui porte haut son métier de productrice, mais qui surtout laisse transparaître sa passion pour la télévision. Quand tant d’experts discourent de ce média pour le décrier et n’en retenir que les excès, cette démarche fait du bien.

https://www.editions-observatoire.com/content/La_Cha%C3%AEne_et_le_r%C3%A9seau

 

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