photography of highway with near fog
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C’en est fini du nouveau monde euphorique. L’affaire Bénalla a refermé le chapitre ouvert en 2017. Le concept de la réinvention de la politique s’est dilué dans la confrontation aux réalités de l’exercice du pouvoir. Emmanuel Macron avait beau avoir fréquenté le palais de l’ Élysée en tant que collaborateur très influent du président, il y a loin de l’observation critique à la pratique.

L’affaire Bénalla telle qu’elle est apparue devant les sénateurs s’est dégonflée. Il ne s’agit pas d’une affaire d’État, mais plus simplement de l’ascencion fulgurante d’une jeune homme très doué pour l’organisation mais qui s’est pris pour le Jack Bauer de l’Élysée. Et cela d’autant mieux que personne ne lui a dit qu’il se trompait.

Le Jack Bauer de l’Élysée

Au contraire, à l’en croire, Alexandre Bénalla a pu imposer sa présence physique aux côtés du président au détriment de celle des services de sécurité. Dans l’euphorie de l’installation au pouvoir, il est apparu indispensable de placer ainsi cet homme qui parlait à l’oreille du président et pouvait le tirer par la manche plutôt qu’un officier de sécurité. Rien ne lui est refusé. Tel le héros de la série “24 heures”, si Alexandre Bénalla contourne ou oublie les règles tatillonnes établies par des administratifs qui ne connaissent pas le terrain et n’ont pas son “intuition”, c’est pour la bonne cause. Il est le sauveur du président. Quand Alexandre Bénalla veut une arme pour sa protection personnelle, on s’arrange pour y trouver de bonnes raisons qui permettent de rester officiellement “ dans les clous”.

Il faut se replacer dans le contexte pour comprendre. L’élection d’Emmanuel Macron, c’est l’élection du grand dépoussiéreur. Le jeune président et ses proches veulent donner un sérieux coup de balai dans les vieilles institutions  enkystées par la routine. “Le politique prime”, ne cesse de réciter Alexandre Bénalla, se souvenant de l’état d’esprit d’alors. Le politique décide, les fonctionnaires exécutent. Peu importent les traditions, les procédures, l’expérience, les protocoles qui sentent la naphtaline.

Sauf que s’il existe des traditions, des protocoles, c’est qu’elles ont été dictées par l’expérience.

L’expérience dit qu’il n’est pas bon de laisser des anciens bien rodés à leur mission humiliés par un jeune orgueilleux. L’expérience dit que Jack Bauer est un héros de fiction, pas du monde politique réel, qu’il soit nouveau ou ancien.

Rêve de gosse

Au bout d’un an et demi au sein du nouveau monde en tant que ministre de l’Intérieur, un autre homme qui parle à l’oreille du président, Gérard Collomb, semble en avoir fait le tour. Il annonce lui même son souhait de revenir à son ancien monde et de retrouver le fauteuil de maire qu’il occupe depuis 2001 à Lyon.

Un peu “d’humilité” est nécessaire, a fait remarquer le ministre de l’Intérieur, ancien sénateur, humilié par son ignorance des tenants et aboutissants de l’affaire Bénalla devant les parlementaires. Interrogé par l’Express, Gérard Collomb se souvient d’une autre époque de grand dépoussiérage en 1981. Le constat n’a pas changé. “L’ambiance est particulière, il y a moins d’écoute” se souvient-il.

C’est exactement le sentiment ressenti  par la députée ex-LREM Frédérique Dumas quittant le groupe macroniste à l’Assemblée pour rejoindre celui de l’UDI-Agir. “Travailler dans l’espoir d’être écouté est impossible avec l’exécutif” assure celle qui avait travaillé sur les questions de culture pendant la campagne électorale.

Ces deux défections répandent un parfum de déception sur l’exercice  du pouvoir macroniste. Il ne s’agit pas d’abandons mais plutôt d’alertes lancées par des élus qui croient toujours en Emmanuel Macron. Deux démarches qui se veulent lucides et qui contrastent avec  l’assurance un peu orgueilleuse d’Alexandre Bénalla. Il ne comprend pas en quoi sa fonction et son comportement méritaient une telle “humiliation”.

Son aisance pour justifier tout ce qui intrigue dans sa position et facilités qui lui ont été accordées relativise l’ampleur de l’affaire Bénalla. Il ne s’agit pas d’une affaire d’État. C’est plus simplement l’histoire d’un rêve de gosse trop vite réalisé dans l’enthousiasme d’une élection portée par l’idéal d’un nouveau monde aujourd’hui rappelé à une vielle réalité. Tout pouvoir a besoin de garde-fou.

Un commentaire sur « Bénalla, Collomb, Dumas, l’abécédaire des désillusions du nouveau monde »

  1. L affaire Benallia se dégonfle…enfin. On peut dire que cela à été un bras de levier pour que toutes les oppositions se m9ntrent et au moins se mettent d accord: le – jeune – président n’ à pas su créer de nouveau monde. Aura t il donc la capacité de re distribuer les cartes , et de se re créer sa légitimité. Les français attendent toujours car personne n émerge en face de lui!

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