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Il y eut d’abord la démission surprise de Nicolas Hulot. Lors d’un véritable coup de théâtre médiatique – sur les ondes de France Inter – le ministre le plus populaire du gouvernement a laissé exploser son découragement. L’action politique est trop lente assurait le plus dynamique des présentateurs télé. Sacrée peau de banane!

Comment trouver réformateur plus enthousiaste que l’éternel casse-cou d’Ushuaia? Histoire de rendre le terrain encore plus glissant, voilà que le président s’épanche mal à propos sur les gaulois  réfractaires au changement.

Comme si cela ne suffisait pas, Emmanuel Macron en rajoute en inventant un suspens inutile sur l’application du prélèvement à la source, que son Premier Ministre vient de confirmer. Certes, l’opération peut donner aux Français l’impression de payer davantage d’impôts. A quelques mois des élections européennes, ça tombe mal. Mais est-il opportun de stopper une réforme quelques mois avant sa mise en oeuvre alors que l’administration comme les entreprises ont préparé la bascule.

Encore une fois, l’hésitation vient à contretemps.

Emmanuel Macron perd le tempo

A se demander ce qui a bien pu arriver au Président supposé maître des horloges, selon son expression.

Un problème d’horloge justement.

Le temps politique est long. Nicolas Hulot n’en pouvait plus d’avancer à petits pas. Lui qui est habitué à la fulgurance du temps médiatique a eu l’impression d’avancer à reculons.  

En politique, les feux d’artifice sont pour les oppositions. A elles les coups d’éclats, les effets de manche, les accusations spectaculaires et définitives. Dans l’opposition, dire, c’est agir. Dans l’exercice du pouvoir au contraire, agir, c’est souffrir les impatiences. Prendre de le temps d’évaluer, d’annoncer, de faire, de mettre en oeuvre en expliquant et réexpliquant chacune de ces étapes. Entre l’annonce d’une loi et sa véritable mise en oeuvre, il peut s’écouler deux ans. Et ce n’est pas fini! Il faut encore attendre des mois, voire des années, pour que les effets de la loi soient visibles. 

L’élection d’Emmanuel Macron, jeune impatient, inconnu peu de temps avant sa victoire, a fait croire que le règne du temps long serait révolu. Porté par son mouvement “En Marche!” Emmanuel Macron a réellement cru qu’il allait réinventer la politique et mettre les pendules à une nouvelle heure.

Et puis, non.

Le moins politique de ses ministres lui a mis cette réalité sous le nez : le temps de l’action politique s’étire en longueur.  

Macron président n’est pas le maître des horloges. Tout juste peut-il “donner du temps au temps”, selon la formule de François Mitterrand. Certaines heures semblent durer une éternité, d’autres, une seconde. Mais l’horloge marque toujours les heures à la même heure. Le reste n’est qu’une affaire de perception, de subjectivité influençable. Le président peut agir sur ce sentiment. S’il protège et sécurise, le temps long semble confortable. S’il donne le sentiment de l’atermoiement, le temps long suscite l’angoisse.

L’accélération Hulot, doublée du coup de frein sur l’impôt réunit les conditions d’une embardée présidentielle

Emmanuel Macron a sagement relu le code de conduite politique. Le respect des temps est primordial. Chaque chose en son temps.

Souvent, à défaut d’être la bonne, la première impression est déterminante. Le plus important n’est pas le principe du prélèvement à la source en tant que tel, mais la perception des contribuables sur leur pouvoir d’achat. Le prélèvement à la source se fera donc à la date prévue, mais avec une avance de crédit d’impôt plus généreuse, histoire de commencer par une bonne impression.

Comme ministre de l’écologie, il choisit un politique d’expérience, François de Rugy. Certes, le président de l’Assemblée nationale ne bénéficie pas d’une notoriété télévisuelle comparable à celle de Nicolas Hulot, mais il compense cette faiblesse médiatique par une solide constance dans l’ambition politique. Son nom circulait déjà pour représenter les verts au gouvernement sous la présidence de François Hollande, même après le départ de sa chef de file Cécile Duflot.  Il a participé à la primaire organisée par le PS. Mais il a toujours fait partie des écologistes pour lesquels un petit pas vaut mieux que pas de pas du tout. François de Rugy est de ceux qui savent que tout vient à point qui sait en prendre le temps.

Après avoir retrouvé le sens de la mesure politique, en ayant nommé François de Rugy et confirmé l’impôt à la source, Emmanuel Macron a pu laisser les caméras filmer le début du Conseil des ministres. “Rien de ce que nous entreprenons depuis quinze mois n’est fait pour l’immédiat”, lance alors le président de la République à ses ministres, avec le sourire de celui qui profite du tempo long pour reprendre son souffle.

MEve M

Un commentaire sur « Une rentrée à contre-temps pour le maître des horloges »

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